Le 23 décembre 2025, par Urbanitas.fr. Temps de lecture : trois minutes.
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Industrie pharmaceutique mondiale
Coincée entre l’hyper-attractivité américaine et l’hyper-compétitivité chinoise, l’Europe cherche à reconquérir sa place dans un secteur stratégique qu’elle dominait il y a cinquante ans, alors que les essais cliniques et l’innovation migrent vers d’autres continents.

L’industrie pharmaceutique européenne traverse une période charnière alors que le continent voit son influence décroître face à la montée en puissance de la Chine et aux nouvelles stratégies américaines. Le constat dressé mi-décembre 2025 par la Fédération européenne des industries pharmaceutiques (Efpia) reflète une inquiétude grandissante : l’Europe, autrefois « pharmacie du monde », a perdu la moitié de ses essais cliniques en une décennie.
Cette érosion s’inscrit dans un contexte de recomposition majeure du paysage pharmaceutique mondial. L’Europe ne représente désormais que 22,7 pour cent des ventes mondiales de médicaments, contre plus de 54 pour cent pour l’Amérique du Nord. Selon Nathalie Moll, présidente de l’Efpia, le nouveau cadre réglementaire européen adopté récemment par le Parlement ne propose « rien d’excitant, de nouveau, d’attractif » pour inverser cette tendance délétère ; les États membres doivent rapidement faire preuve de davantage de créativité.
Les États-Unis ont déployé cette année une stratégie offensive combinant droits de douane sur les produits de santé et renégociation à la baisse des prix de certains médicaments. Ces mesures visent à contraindre les industriels à accroître leur production sur le territoire américain et à intensifier les investissements en recherche et développement. Thomas Rapp, professeur d’économie à l’Université Paris Cité, anticipe que ce modèle transformera les conditions d’accès au marché américain et exercera par ricochet des pressions tarifaires sans précédent en Europe.
Parallèlement, la Chine a progressé méthodiquement grâce à des politiques volontaristes soutenant l’innovation pharmaceutique. Elle dépasse désormais les États-Unis en nombre d’essais cliniques menés sur son territoire. En 2024, sur 81 nouvelles molécules lancées mondialement, 28 provenaient d’entreprises chinoises, contre 25 américaines et seulement 18 européennes. Cette progression fulgurante témoigne d’une ambition stratégique assumée dans le domaine des biotechnologies.
Face à cette configuration inédite, plusieurs voix appellent à une riposte coordonnée au niveau européen. Denis Ferrand, directeur général du centre de recherche Rexecode, observe que certains pays comme l’Allemagne commencent à mettre en œuvre des incitations pour attirer les essais cliniques, mais souligne que des initiatives nationales isolées ne suffiront pas. Le prix Nobel d’économie Jean Tirole alerte sur le risque que « tout chantage se fasse au détriment de l’Europe » dans un environnement devenu entièrement transactionnel ; il plaide pour un projet conjoint de reconstruction de l’innovation européenne, estimant que le continent investit encore massivement dans l’automobile tandis que ses concurrents privilégient les biotechnologies.
Parmi les pistes évoquées figurent la création d’un mécanisme de négociation des prix des médicaments à l’échelle européenne et l’instauration d’accords de performance conditionnant la valorisation des innovations à leurs résultats cliniques réels. Nathalie Moll insiste sur l’urgence de créer une union des marchés de capitaux, sans laquelle l’innovation ne pourra redémarrer. Thibaut Victor-Michel, président France de Novartis, prévient que renoncer à investir dans le médicament reviendrait à abandonner cette souveraineté à d’autres zones géographiques, compromettant également l’accès futur à l’innovation.
Malgré ce tableau préoccupant, quelques signaux encourageants subsistent. Eóin Ryan, responsable de l’économie de la santé chez GlobalData, rappelle que l’Union européenne continue d’attirer des projets d’envergure, citant l’investissement de 2,6 milliards d’euros du laboratoire américain Eli Lilly dans une usine néerlandaise annoncé en novembre 2024. Ces initiatives attestent que l’attractivité européenne, bien qu’affaiblie, demeure réelle pour certains acteurs majeurs.
Urbanitas.fr
Part de marché pharmaceutique européenne. — Quelle est la part de l’Europe dans les ventes mondiales de médicaments, alors que l’Amérique du Nord domine largement ce marché ?
A. 22,7 pour cent. — B. 42,5 pour cent. — C. 15,3 pour cent.
22,7 pour cent
Évolution des essais cliniques en Europe. — Selon la Fédération européenne des industries pharmaceutiques, quelle proportion d’essais cliniques l’Europe a-t-elle perdue au cours de la dernière décennie ?
A. La moitié. — B. Un tiers. — C. Les trois quarts.
La moitié
Origine des nouvelles molécules en 2024. — En 2024, parmi les 81 nouvelles molécules lancées sur le marché mondial, combien provenaient d’entreprises chinoises ?
A. 28 molécules. — B. 18 molécules. — C. 25 molécules.
28 molécules
Investissement pharmaceutique aux Pays-Bas. — Quel montant le laboratoire américain Eli Lilly a-t-il annoncé investir dans une nouvelle usine aux Pays-Bas en novembre 2024 ?
A. 2,6 milliards d’euros. — B. 1,8 milliard d’euros. — C. 5,2 milliards d’euros.
2,6 milliards d’euros
Leadership en essais cliniques. — Quel pays dépasse désormais les États-Unis en nombre d’essais cliniques menés sur son territoire, grâce à des politiques volontaristes ?
A. La Chine. — B. L’Inde. — C. Le Japon.
La Chine
Industrie pharmaceutique, Essais cliniques, Biotechnologie, Souveraineté sanitaire, Recherche et développement, Union européenne, Politique industrielle, Innovation médicale
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