Le 17 octobre 2025, par Urbanitas.fr. Temps de lecture : quatre minutes.


Maladie d’Alzheimer : avancées diagnostiques et débats sur la thérapeutique

Santé et recherche médicale

La recherche sur la maladie d’Alzheimer progresse, notamment avec l’arrivée de tests sanguins simplifiés pour le diagnostic. Deux nouveaux médicaments, le Kisunla et le Leqembi, sont commercialisés mais leur intérêt thérapeutique divise la communauté scientifique en raison de bénéfices modestes et de risques d’effets secondaires graves. Les approches préventives basées sur l’hygiène de vie montrent également des résultats contrastés.

Série Baciles I / Israfil Dough
Série Baciles I / Israfil Dough © Urbanitas, 2026

En septembre 2025, la journée mondiale de lutte contre la maladie d’Alzheimer a été l’occasion de dresser un bilan des avancées scientifiques récentes. Si des progrès notables ont été accomplis en matière de diagnostic, la question du traitement de cette pathologie, qui touche des dizaines de millions de personnes dans le monde, suscite toujours de vives controverses au sein de la communauté médicale.

Deux nouveaux médicaments, le Kisunla développé par Eli Lilly et le Leqembi mis au point par Biogen et Eisai, constituent les premiers traitements à démontrer un effet mesurable sur le ralentissement des symptômes après plusieurs décennies de recherches infructueuses. Ces thérapies représentent donc une rupture dans la prise en charge de la maladie d’Alzheimer, la forme de démence la plus répandue au monde.

Les autorités sanitaires et les associations de patients partagées

Toutefois, leur efficacité réelle fait l’objet d’appréciations divergentes. Les bénéfices observés ne concernent que les patients au stade précoce de la maladie et demeurent très limités. Pour certains spécialistes, l’amélioration constatée ne fait pratiquement aucune différence dans la vie quotidienne des malades. Par ailleurs, ces traitements comportent des risques non négligeables, notamment celui de provoquer de graves hémorragies cérébrales.

Face à cette situation, les autorités sanitaires nationales ont adopté des positions variées. Début septembre 2025, la France a décidé de ne pas rembourser ces médicaments dans l’immédiat, jugeant leur rapport bénéfice-risque insuffisant. Les associations de patients sont elles-mêmes partagées. Si certaines organisations, particulièrement au Royaume-Uni, militent activement pour leur autorisation, d’autres adoptent une approche plus prudente. France Alzheimer, principale association française dans ce domaine, reconnaît certes le caractère innovant du Leqembi tout en soulignant ses limitations intrinsèques.

Le diagnotique par test sanguin à l’étude en Europe

Parallèlement aux débats thérapeutiques, la question du diagnostic évolue rapidement et révèle un clivage croissant entre l’Europe et les États-Unis. Des avancées significatives ont permis de développer des tests sanguins simples capables d’identifier les marqueurs biologiques associés aux mécanismes cérébraux de la maladie. Cette innovation représente une amélioration considérable par rapport aux examens traditionnels comme les ponctions lombaires, dont la lourdeur et le coût élevé excluent de nombreux patients.

Un premier test sanguin a obtenu une autorisation de mise sur le marché aux États-Unis en mai 2025. En Europe, la situation est différente : aucun test n’est encore autorisé, mais un vaste essai clinique vient d’être lancé au Royaume-Uni pour évaluer leur pertinence. La divergence entre les deux continents porte également sur la valeur diagnostique de ces examens. Fin 2024, l’association américaine de référence sur la maladie d’Alzheimer a modifié ses critères pour considérer que les seuls marqueurs biologiques suffisent à établir un diagnostic.

Les spécialistes européens maintiennent une position plus conservatrice, estimant qu’un examen clinique approfondi reste indispensable pour confirmer la détérioration des capacités cognitives et fonctionnelles. Le neurologue néerlandais Edo Richard souligne qu’un grand nombre de patients présentant des marqueurs biologiques anormaux ne développent jamais de démence. Cette question du diagnostic rejoint celle des traitements, puisque les partisans du Kisunla et du Leqembi estiment qu’une détection très précoce, avant l’apparition de symptômes cliniques marqués, pourrait amplifier l’efficacité de ces médicaments.

Concernant la prévention, un consensus existe sur l’identification des multiples facteurs de risque. Selon une synthèse d’experts publiée en 2024 dans la revue médicale The Lancet, près de la moitié des cas de démence sont liés à des facteurs identifiables tels qu’une mauvaise audition, le tabagisme ou l’obésité. Néanmoins, les avis divergent sur la possibilité de traduire ces connaissances en actions préventives réellement efficaces.

De nombreuses études ont évalué des programmes d’accompagnement encourageant l’activité physique régulière et une alimentation équilibrée. Selon Edo Richard, ces essais ont produit peu ou pas d’effets sur le déclin cognitif ou l’apparition de démence. Une étude américaine parue durant l’été 2025 dans la revue Journal of the American Medical Association (JAMA) a mesuré l’impact d’un accompagnement intensif de deux ans : le ralentissement observé de la dégradation cognitive reste modeste.

L’épidémiologiste française Cécilia Samieri, intervenant lors d’une conférence organisée par la fondation Vaincre Alzheimer en septembre 2025, reconnaît que les résultats peuvent sembler décevants. Elle estime toutefois qu’ils constituent déjà une avancée significative et que seuls des essais cliniques sur dix ou quinze ans pourraient véritablement mesurer l’efficacité des interventions préventives face à une maladie au développement si prolongé.


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Entités liées

Maladie d’Alzheimer, démence, biomarqueurs, diagnostic médical, essai clinique, déclin cognitif, prévention santé.


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