Le 3 novembre 2025, par Urbanitas.fr. Temps de lecture : trois minutes.


Qu’entend Trump en parlant de tester ses armes nucléaires ?

Défense et armement nucléaire

Donald Trump a déclaré le 30 octobre 2025 vouloir reprendre les essais d’armes nucléaires américaines, invoquant les programmes de tests menés par la Chine et la Russie. Cette annonce suscite la perplexité des experts et l’inquiétude des gouvernements étrangers, qui craignent une remise en cause du traité d’interdiction complète des essais nucléaires et un basculement dans un nouvel âge nucléaire.


Le président américain Donald Trump a provoqué un émoi international le 30 octobre 2025 en annonçant avoir demandé au ministère de la Défense de commencer à tester les armes nucléaires des États-Unis. Cette déclaration, justifiée par les programmes d’essais menés selon lui par d’autres pays, laisse planer l’incertitude sur les intentions réelles de Washington et fait craindre un bouleversement de l’ordre nucléaire mondial.

Devant la presse, le président américain a précisé sa pensée en affirmant que ses principaux rivaux, la Chine et la Russie, procéderaient à des essais nucléaires, ajoutant que si ces pays en réalisent, les États-Unis doivent en faire de même pour maintenir une parité. Cette justification soulève toutefois de nombreuses questions, tant sur sa véracité que sur les implications d’une telle politique.

Tests des systèmes d’armes, essais sous-critiques ?

Les réactions internationales n’ont pas tardé. Pékin a exhorté Washington à respecter ses obligations au titre du traité d’interdiction complète des essais nucléaires, tandis que Moscou a tenu à préciser que le test de son dernier missile de croisière à propulsion nucléaire ne constituait pas un essai nucléaire à proprement parler. Ces réponses diplomatiques rapides témoignent de l’inquiétude suscitée par les propos du président américain.

Face à l’ambiguïté des déclarations présidentielles, les experts avancent trois hypothèses principales. La première concerne les essais de systèmes d’armes, que les États-Unis pratiquent déjà régulièrement. Il y a quelques semaines, l’armée américaine a ainsi tiré quatre missiles balistiques Trident, composante essentielle de la dissuasion océanique du pays. Selon William Alberque, ancien directeur du centre de non-prolifération de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, Trump pourrait réagir aux annonces russes concernant de nouveaux systèmes comme le missile de croisière à propulsion nucléaire Bourevestnik et la torpille Poséidon.

La deuxième interprétation porte sur les essais dits sous-critiques, autorisés par le traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Ce traité prohibe les essais nucléaires au-delà d’un certain dégagement d’énergie. Or les États-Unis s’imposent des restrictions plus strictes que leurs concurrents dans ce domaine. Washington procède à des tests sous-critiques sans aucun dégagement d’énergie, alors que la Russie et la Chine réaliseraient des essais avec un certain dégagement énergétique, tout en restant dans les limites du traité. Ces tests demeurent indétectables grâce à un dispositif de double chambre souterraine qui rend très difficile la détection extérieure des petites explosions. Trump pourrait donc souhaiter aligner les pratiques américaines sur celles de ses rivaux, bien que la complexité technique du sujet rende cette hypothèse incertaine selon Héloïse Fayet, chercheuse sur la dissuasion à l’institut français des relations internationales.

La Russie et la Chine en embuscade d’un faux pas américain

La troisième possibilité, la plus radicale, consisterait en une véritable reprise des essais nucléaires. Cette option trouve un écho dans certains cercles de réflexion proches du président. La Heritage Foundation, influent laboratoire d’idées trumpiste, plaidait dès janvier 2025 pour que l’Amérique se prépare à tester ses armes nucléaires. L’intérêt technique d’une telle démarche reste toutefois limité, puisque Washington dispose, comme les autres puissances nucléaires, d’un programme de simulation efficace. L’enjeu serait davantage politique, visant à pousser Moscou et Pékin vers une négociation tripartite sur le contrôle des armements. Cette architecture internationale est actuellement moribonde, le dernier accord liant les États-Unis et la Russie, New Start, devant expirer en février prochain.

Cette dernière stratégie comporte des risques considérables. La Russie et la Chine n’attendent qu’un faux pas américain pour reprendre leurs propres essais. Vladimir Poutine avait d’ailleurs averti dès 2023 que si Washington procédait à des essais réels, Moscou ferait de même. Une reprise des tests par les États-Unis pourrait ainsi déclencher une réaction en chaîne et précipiter le monde dans un nouvel âge nucléaire.

Le 31 octobre, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a défendu la position présidentielle depuis Kuala Lumpur, après des entretiens avec son homologue chinois. Il a qualifié de responsable la reprise des essais, affirmant que le président souhaite maintenir une dissuasion nucléaire crédible. Ces déclarations n’ont toutefois pas dissipé les interrogations sur la signification exacte de l’annonce présidentielle ni sur le calendrier éventuel de mise en œuvre.


Urbanitas.fr


Aller plus loin

Ressource : Traité d’interdiction complète des essais nucléaires - UNTC (treaties.un.org)

Ressource : Les essais atmosphériques d’armes nucléaires : des retombées radioactives à l’échelle planétaire (recherche-expertise.asnr.fr)

Ressource : L’impossible histoire des essais nucléaires en Polynésie française (radiofrance.fr)

Entités liées

Dissuasion nucléaire, Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, essai sous-critique, New Start, missile balistique Trident, contrôle des armements.


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